Héra…
La menteuse qui cache bien son jeu !

Qui connaît la véritable histoire de Héra ? Personne ! Non ! Personne ! Ni Jean-Pierre Vernant, ni Muriel Szac, ni Serge Boimare ou les instituteurs qui utilisent la mythologie grecque à des fins pédagogiques…
Oui, il n’y a que moi, Héra, la femme du grand Zeus, dieu de l’Olympe, bien dupé, qui sache la vérité sur ma propre histoire…
Ma mère, Rhéa, a perdu ses enfants, dévorés par Cronos, son terrible mari. Elle en était triste et désespérée. Lors de la naissance de la petite Héra, il ne l’avala pas toute crue, mais avec ses dents aiguisées la croqua en morceaux avant de l’avaler. Même à l’intérieur du ventre de son père Cronos, elle n’avait aucune chance de survie. La servante d’Héra, qui avait accouché en secret d’une petite fille adultérine qu’il fallait cachée, lui donna sa fille. Accueillant le cadeau, elle fut reconfiée à la servante, officiellement, devant son mari, le cocher de Cronos, qui n’en était pas le père.
A peine née, j’étais donc entourée de deux mamans et d’un tissu sinueux de mensonges, dont le secret a toujours été bien gardé par le lien fort qui unissait ces deux femmes, liées par une commune maternité. C’est pourquoi j’aime mentir, j’ai tellement besoin de mentir, si je ne me mens pas à moi-même sans en avoir conscience …
Alors là, je viens de plaquer Zeus et toute sa descendance dégénérée et illégitime, qu’il gère tant bien que mal. Assez d’être une épouse humiliée ! Je me suis enfuie. Cachée dans une petite école de province, je suis devenue institutrice. L’absence de bon sens du réel me fait parfois défaut : lunettes qui me tombent sur le nez, oreilles mal cicatrisées, bottes en caoutchouc (j’ai piqué l’idée chez les mamans de mes élèves). Enfin ! Je suis heureuse dans ma nouvelle vie ! J’essaie de tendre ma grande oreille pour essayer d’entendre les autres (en tant qu’institutrice, c’est obligatoire avec les élèves…). Mais c’est trop confus…je ne comprends rien ! Je vais commencer par essayer de m’entendre moi-même avec ma petite oreille violette, que le chirurgien a essayé de relier à mon intériorité.
Bon, je vous dis au revoir, car je dois aller travailler.
A bientôt.
Héra.